L’art de la tasséomancie : ce que nous révèle le thé

Les gens boivent du thé depuis des milliers d’années et lisent les feuilles de thé depuis tout aussi longtemps. Traditionnellement, la lecture des feuilles de thé se faisait le matin, pour vous donner une idée de la journée qui vous attendait – l’équivalent, en quelque sorte, des notifications poussées de l’application Co–Star d’aujourd’hui. À une époque où règne l’incertitude, l’intérêt à l’égard des arts intuitifs est ravivé.

Pour en savoir plus à ce sujet, nous nous sommes entretenus avec la sommelière de thé, horticultrice, herboriste et liseuse de feuilles de thé, Amy Taylor, qui pratique la tasséomancie depuis plus de 30 ans et enseigne les rudiments du thé depuis 12 ans. En fait, elle en connaît tellement sur le thé qu’elle est en train d’écrire un livre sur le sujet. Elle fait ses lectures dans son salon de thé The Art of Tea and Tasseomancy and Mystic Tea Room de Hamilton, en Ontario, où elle aide les gens à trouver la voie à suivre, une tasse à la fois.

LES THÉS DAVIDSTEA : Comment en êtes-vous venue à vous consacrer à la lecture des feuilles de thé?

Amy Taylor : Tout a commencé dans un restaurant chinois de Toronto à la fin des années 80. J’y étais pour souper avec ma famille. J’avais 18 ans à l’époque et j’avais déjà commencé à explorer différentes formes de divination. Ce soir-là, j’ai servi du thé à tout le monde, mais avant de le faire, j’ai regardé dans la tasse de chacun.

Je ne savais pas vraiment ce qu’était la lecture des feuilles de thé à ce moment-là, mais l’expérience a éveillé ma curiosité. J’ai fait quelques recherches et découvert que cette pratique était appelée « tasséomancie », « tasséographie » ou encore « thédomancie ». Je trouvais cet art des plus intéressants, mais l’histoire du thé me fascinait tout autant. Je me suis donc plongée dans ces deux univers qui me propulsent dans un tourbillon d’aventures depuis plus de 30 ans!

La lecture des feuilles de thé demande-t-elle de l’intuition?

Oui, je suis d’avis que toutes les formes de divination demandent une capacité intuitive. Le plus difficile pour une personne, c’est de faire confiance à son intuition ou non et de la laisser la guider. Dans mon cas, cet apprentissage est le fruit de plusieurs années de pratique. Mais, j’ai aussi appris quelque chose qui m’a confirmé que je possédais bien cette habileté. J’ai été adoptée, et il y a environ 12 ans, j’ai renoué le contact avec ma mère biologique qui occupe maintenant une grande place dans ma vie. J’ai découvert que mon arrière-grand-mère, qui habitait au Royaume-Uni, était aussi liseuse de feuilles de thé. Il s’agit donc d’une habileté qui fait partie de mes origines. Mais, je n’ai pas hérité de ce don au sens classique du terme et j’ai donc dû réapprendre à faire confiance à mon don et à l’utiliser.

Comment avez-vous appris l’art de la tasséomancie?

On retrouve beaucoup de renseignements dans les livres, mais j’apprends plutôt par la pratique. J’ai discuté avec quelques voyants qui s’adonnaient, entre autres, à la lecture des feuilles de thé, et j’ai obtenu quelques conseils. L’un deux, ironiquement, m’a dit que ma grand-mère avait dû m’apprendre cet art. Mais bien sûr, à cette époque, je ne savais pas encore que j’avais hérité de ce don. Je suis ensuite partie pour la Californie où j’ai passé quelques années à parfaire mes facultés intuitives. Je suis revenue à Toronto au début des années 90 et, en 1994-1995, j’ai commencé à me consacrer à la lecture professionnellement.

Vous offrez deux types de lectures : la tasséomancie et la méthode des cartes de thé Lenormand. Pouvez-vous nous expliquer la différence entre ces deux méthodes?

La méthode des cartes Lenormand est plus récente que l’art de la tasséomancie. La lecture des feuilles de thé remonte au 16e siècle, alors que les cartes Lenormand ont été créées au milieu du 19e siècle. La lecture des cartes Lenormand a un lien avec la lecture des feuilles de thé, puisque les cartes sont basées sur la lecture du marc de café. De nombreux symboles que vous retrouverez sur les cartes Lenormand sont semblables au symbolisme que l’on retrouve dans la tasse de thé. En jetant un coup d’œil aux tasses de tasséographie (tasses prémarquées), vous verrez qu’elles affichent une symbologie semblable à celle utilisée sur les cartes. Tout est lié en quelque sorte.

J’utilise ces cartes dans ma pratique parce qu’une fois que j’ai versé le contenu de la tasse de thé dans la soucoupe pour une lecture, et que je retourne la tasse pour voir ce qui s’y trouve, les feuilles réparties dans la tasse sont très statiques. Elles ne bougent plus une fois que la tasse a été retournée. Je parle de ce qui s’y trouve et peut répondre à certaines questions, si les réponses sont dans la tasse. Mais, si un client a des questions précises pour lesquelles il veut une réponse, c’est là que les cartes entrent en jeu. On peut rebrasser les cartes, mais pas une tasse de thé!

Utilisez-vous un type de thé précis pour les lectures?

J’ai utilisé divers types de thés. J’ai commencé avec un thé des moines, qui est un thé noir traditionnel aromatisé à la grenadine et à la vanille. Mais certaines feuilles sont très grandes, et je voulais un thé qui créerait de plus petites formes dans la tasse blanche.

Il faut aussi tenir compte de l’infusion. Si un thé noir est infusé pendant 20 minutes, le profil aromatique du thé s’en trouve gâché. J’utilise un rooibos depuis plus de dix ans maintenant. Les feuilles sont petites, leur forme ne change pas dans l’eau et elles se répandent très bien dans la tasse. 

Mis à part votre travail, quelle place occupe le thé dans votre vie quotidienne?

C’est une constance pour moi. Je bois une tasse de Earl Grey à l’instant même! Le thé fait partie de mon rituel quotidien, de ma spiritualité. Il est tellement ancré dans ma vie que je ne pourrais l’imaginer d’une autre façon. Je suis aussi une sommelière de thé professionnelle accréditée par l’Association du thé et des tisanes du Canada, ce qui m’a permis de me sentir plus en confiance quand j’aborde et enseigne des sujets liés au thé, ce qui est bien puisque je discute presque toujours de thé à un moment ou à un autre de ma journée.

Quel est l’un de vos premiers souvenirs liés au thé?

Ma mère était décoratrice d’intérieur et elle m’amenait parfois dans le quartier chinois de Toronto où nous visitions plein de magasins pour y dénicher des objets en céramique. Dans les années 70, le style se démarquait par ses couleurs éclatantes et ses accents chinois, et bon nombre de ces magasins se trouvaient dans le quartier Kensington Market et sur l’avenue Spadina. Elle m’amenait avec elle pour les visiter et j’adorais ces escapades. Certains des magasins s’y trouvent toujours. Je peux donc aller y faire un tour pour vivre un petit moment de nostalgie.
 

C’est dans un restaurant chinois que j’ai fait l’expérience du thé chinois pour la première fois. Il y avait ces théières de porcelaine blanche qui se trouvent toujours sur les tables, sans oublier les petites tasses à Gong Fu. J’avais 7 ou 8 ans à l’époque et je me souviens m’être dit : « Ces tasses sont parfaites pour mes mains, elles sont faites pour moi! ». C’est aussi à cet endroit que j’ai goûté à mon premier thé chinois, un thé vert au jasmin.

Vous recommandez à vos clients de revenir dans les six mois à un an seulement, pourquoi?

Je tiens à ce que les clients espacent les lectures pour laisser les choses se développer, évoluer et se transformer, au besoin. Avec d’autres formes de lecture, comme l’astrologie, on vous livre de l’information pour les deux à cinq ans à venir. La lecture des feuilles de thé se faisait à l’origine très tôt le matin pour vous donner une idée de la journée qui vous attendait. Il n’était nullement question de prédictions à long terme. La plupart des prédictions découlant de la lecture de feuilles de thé sont à court terme, entre un an et un an et demi, au maximum.

Mes lectures servent pour la plupart de point de contact. Êtes-vous sur la bonne voie ou avez-vous besoin de rectifier le tir? Selon moi, il s’agit d’une façon plus saine d’envisager les choses parce que rien n’est gravé dans le marbre. Les gens peuvent prendre l’information transmise au cours des lectures et aller de l’avant ou ne rien faire du tout. La décision leur revient.

Pouvez-vous partager certaines expériences mémorables vécues lors de vos lectures?

J’ai fait récemment la lecture à quelqu’un qui en avait fait beaucoup pour aider un membre de sa famille. Mais, comme son aide n’était plus nécessaire, cette personne pouvait maintenant se concentrer sur sa propre vie, ce qui était une première pour elle. J’ai été en mesure de lui faire prendre conscience qu’elle avait fait tout ce qu’elle pouvait, qu’elle pouvait se l’approprier et passer à autre chose, ce qui était vraiment bien. D’autres exemples de bons moments, ce sont quand les clients reviennent pour me dire « Vous aviez raison, j’ai changé d’emploi » ou « Vous aviez vu juste, je vais avoir une fille! ».

Je trouve certaines situations difficiles, par exemple lorsque des gens aux prises avec de gros problèmes sur le plan des relations de couple, de la famille ou de la santé viennent me voir. Il s’agit là d’une occasion de les aider à trouver comment régler leurs problèmes.

Mon rôle n’est pas de dire aux autres quoi faire ou de résoudre leurs problèmes. Il consiste plutôt à leur dire sur quoi ils doivent porter leur attention pour régler eux-mêmes leur situation. Je suis là uniquement pour les aider à aller de l’avant.

Vous voulez vous aussi apprendre à lire le thé? Amy offre quelques ateliers intensifs tout au long de l’année. Pour en savoir plus, visitez le site taotat.ca

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